Focus 89 : Spiruline de Gaume
Et si un super-aliment poussait juste à côté de chez nous ? À Rossignol, la Spiruline de Gaume casse les idées reçues en produisant localement une micro-algue aux mille vertus. Derrière ce projet, un entrepreneur passionné qui a troqué sa vie de commercial pour se lancer dans une aventure à la fois humaine, durable et innovante. Entre production artisanale, produits originaux et collaborations engagées, la spiruline version gaumaise s’invite dans nos assiettes… et dans notre quotidien.
ADL : Pouvez-vous nous présenter votre entreprise (nom, statut, nombre de salariés, date de création) ?
L.D. : La société s’appelle LD4, plus connue sous le nom de « Spiruline de Gaume ». C’est une SRL créée en novembre 2021, avec un lancement commercial entre fin 2022 et début 2023.
Aujourd’hui, je travaille seul sur une surface de 600 m², ce qui me permet d’en vivre. À terme, l’objectif serait d’agrandir avec une deuxième serre et de développer l’équipe.
ADL : Depuis quand habitez-vous la commune et pourquoi vous être installée ici ?
L.D. : J’habite à Bellefontaine depuis toujours, comme mes parents et grands-parents avant moi. C’est donc tout naturellement que je m’y suis installé.
Quand j’ai construit ma maison, j’étais ravi de pouvoir y rester. C’est un village dynamique, convivial, où tout le monde se connaît et où il fait vraiment bon vivre.
ADL : Quels services proposez-vous ?
L.D. : Je produis et vends principalement de la spiruline, un super-aliment. L’OMS et l’UNESCO la présentent comme l’un des meilleurs aliments pour l’humanité au XXIᵉ siècle.
Elle est très riche en protéines, vitamines et nutriments (sauf la vitamine C), elle est reconnue pour ses bienfaits sur la santé.
Sa culture est aussi écologique : elle fonctionne par photosynthèse, consomme peu de ressources et se développe en circuit fermé.
Je la propose sous différentes formes (brindilles, comprimés, poudre), ainsi que des produits dérivés réalisés avec des artisans (pâtes, savon, limonade, mocktail). Par exemple, des pâtes produites à la ferme du Bas Roteux à Vaux-sur-Sûre. Le savon artisanal est réalisé avec une savonnerie de Montmédy, ainsi que la limonade élaborée avec un producteur près de Namur à base de sirop de menthe artisanal et de spiruline.
Je propose également un mocktail à base de spiruline, de baobab, de guarana et d’acérola, mélangé à un jus, qui donne une boisson originale et énergisante.
Je commercialise aussi de la phycocyanine, un extrait de la spiruline riche en antioxydants et présentée sous forme de “shots”.
Enfin, j’organise des visites de la ferme pour faire découvrir la production, avec dégustation et explications à la clé.
ADL : À qui s’adressent-ils ?
L.D. : La spiruline est un produit qui s’adresse à un public très large. Légalement, elle est recommandée à partir de 3 ans, mais dans la pratique, elle peut être consommée bien plus tôt. Elle peut convenir aux enfants en croissance, aux étudiants, aux sportifs, aux personnes actives ou encore aux végétariens et végans grâce à sa richesse en protéines.
Elle est aussi intéressante en cas de fatigue, de carences (notamment en fer), pour les personnes âgées ou en période de convalescence. Seule contre-indication : les personnes atteintes d’hémochromatose (maladie liée à un excès de fer dans l’organisme) doivent l’éviter.
De manière générale, elle aide à rééquilibrer l’alimentation. Les effets varient selon les personnes, mais certains témoignages font état d’améliorations notables. Par exemple, une cliente m’expliquait récemment qu’après une visite chez son dentiste, celui-ci avait remarqué que ses gencives étaient en meilleure santé que jamais. Le seul changement dans son quotidien avait été l’introduction de la spiruline.
ADL : Quel était votre parcours avant d’arriver ici ?
L.D. : Ce projet est né d’une réorientation professionnelle. À la base, je n’étais pas du tout issu du milieu scientifique : je travaillais comme conseiller commercial. Je me suis formé spécifiquement à la production de spiruline, notamment dans le seul campus au monde dédié à cet apprentissage, situé en France.
Après ces formations, j’ai effectué plusieurs stages dans des exploitations françaises. Ces rencontres ont confirmé mon envie de me lancer. La spiruline m’a offert une porte d’entrée accessible dans le monde agricole, avec un modèle à taille humaine, mais aussi des perspectives d’évolution à plus grande échelle.
ADL : qu’est-ce qui vous a donné envie de créer cette entreprise ?
L.D. : Mon envie vient avant tout du produit : je connais la spiruline depuis 2010 et j’ai toujours été convaincu par ses bienfaits.
En voyant des producteurs s’installer dans des régions comme le nord de la France, je me suis dit que c’était aussi possible en Gaume. J’ai visité plusieurs fermes pour apprendre et affiner mon projet.
Une des grandes différences entre certaines exploitations et la mienne concerne le système de chauffage. La spiruline a besoin d’une eau comprise entre 20 et 40 degrés pour se développer. Certains utilisent des systèmes de chauffage au sol pour maintenir cette température.
De mon côté, j’ai fait le choix de ne pas installer de chauffage. J’ai donc misé sur une bonne isolation des bassins, un peu comme dans une maison, et cela semble bien fonctionner. L’objectif est de rester le plus naturel et économe possible, tout en gardant la possibilité d’évoluer si nécessaire.
ADL : Quelle est votre spécialité/produit phare ?
L.D. : Mon produit phare est bien sûr la spiruline. Et si je devais en recommander une forme, ce serait la spiruline en brindilles.
C’est sa forme la plus naturelle, la moins transformée, qui conserve au mieux ses qualités nutritionnelles. À l’inverse des comprimés, qui passent par une étape de broyage puis de compression, la brindille reste la plus proche du produit brut.
Elle est aussi très simple à utiliser : on peut la consommer telle quelle, la croquer, l’avaler, ou encore l’ajouter directement dans des plats du quotidien comme une salade, une omelette ou une soupe.
ADL : Qu’envisagez-vous pour l’avenir, y a-t-il des nouveautés à venir ?
L.D. : Plusieurs projets sont en réflexion, notamment un comprimé associant spiruline et moringa, deux super-aliments très complémentaires, dont le moringa est particulièrement riche en vitamine C.
J’ai d’ailleurs rencontré une productrice au Burkina Faso spécialisée dans le moringa, avec qui une collaboration est envisagée. Elle travaille aussi sur des projets à impact social, notamment autour de l’amélioration des conditions de vie des femmes, favoriser la scolarisation des enfants et soutenir un dispensaire local. Le baobab et le moringa sont utilisés là-bas, notamment pour aider à lutter contre la malnutrition.
Cette rencontre a aussi permis de créer des liens concrets : le baobab utilisé dans mon mocktail provient désormais de sa production.
Au-delà des produits, il y a donc une vraie dimension humaine et solidaire. À terme, j’aimerais développer mon activité ici, tout en participant à des projets de transmission en Afrique autour de la spiruline.
ADL : Pouvez-vous résumer votre entreprise en 3 mots ?
L.D. : Je dirais d’abord « nourrissant », au sens propre avec la spiruline, mais aussi humainement : les échanges avec les gens me stimulent énormément.
Ensuite, « challengeant », car les défis ont été nombreux, entre la construction de la serre, la production et la mise en place d’un produit encore peu connu.
Enfin, « innovant », avec l’envie d’apporter quelque chose de nouveau et de faire évoluer le projet dans une dynamique positive et tournée vers l’avenir.
ADL : Autres infos importantes ?
L.D. : Oui, plusieurs éléments me semblent importants. Je fais partie des premiers à avoir installé une ferme de spiruline en Belgique. En France, la filière est plus développée grâce à des pionniers qui ont beaucoup contribué à son essor, notamment via des guides et une vraie culture de transmission. L’entraide est d’ailleurs très présente dans ce milieu.
Concernant la production, tout se fait en circuit fermé. L’eau des bassins est filtrée puis réinjectée dans le système. Après filtration, on obtient une pâte de spiruline fraîche, très riche, qui peut être consommée directement mais qui ne se conserve que deux jours au réfrigérateur.
Ensuite, cette pâte est transformée en “spaghettis” de spiruline à l’aide d’un poussoir, puis déshydratée à basse température avant d’être concassée pour obtenir les brindilles. Ce processus demande du temps et de la rigueur : les journées commencent très tôt, entre 4h et 6h du matin, et le travail se poursuit jusqu’en soirée.
C’est justement cette méthode artisanale qui fait toute la différence. La spiruline est récoltée en douceur et séchée lentement, ce qui permet de préserver un maximum de ses qualités nutritionnelles tout en offrant un goût plus authentique. À l’inverse, la majorité des spirulines industrielles (souvent produites en Chine ou en Inde) sont séchées à très haute température, ce qui altère une partie de leurs nutriments.
Coordonnées :
Laurent Deruette
Spiruline de Gaume
Adresse : A la Civanne, 288 6730 Rossignol
Téléphone : 0472/02.81.07
Mail : [email protected]
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